Préface pour l’œuvre de MICHEL LEVY

André CHOURAQUI, Jerusalem - octobre 1998

Le rayonnement de la Bible est universel. En chacune de ses pages, elle décrit l’homme tout entier, ses lumières et ses ombres, son amour et ses haines, ses vertus et ses  vices, ses désespoirs et son invincible espérance. Je ne cesse de méditer sur ce rayonnement en découvrant l’œuvre de Michel Lévy qui, en chacune de ses pages, révèle la quête d’un homme, son auteur. Enfant il se jette à la découverte de Paris. C’est là qu’il découvre l’univers entier et, plus spécialement, l’être humain dont il est en quête. Il déserte parfois les cours du lycée pour se réfugier au Louvre et dans d’autres musées où il s’imprègne des sculptures classiques de la Grèce antique, de l’Egypte et de l’Asie.A 26 ans il poursuit sa quête passionnée dans des études de médecine qu’il entreprend alors qu’il est déjà un sculpteur connu. Il poursuit ses études tout en créant un service de thérapie par les arts, en gérontologie.      Les développements de sa double carrière de sculpteur et de médecin l’obligent à choisir entre la médecine et la sculpture. Le choix de Michel Lévy, la sculpture, est à l’origine d’une œuvre parmi les plus significatives de ce vingtième siècle : elle se situe dans l’inclusion de l’humanité entre deux abîmes, celui de l’ineffable amour et celui de la nuit et de ses horreurs.      Michel est en mesure de manier le feu et l’airain comme ses ancêtres le calame et le parchemin, pour célébrer la Création. Son art met en œuvre la lumière et l’ombre, le mouvement et l’immobilité, afin de fixer dans l’espace sa création nouvelle issue de son art et de son âme.« Il n’y a qu’une seule beauté, celle de la vérité qui se révèle », enseignait Rodin. Michel utilise le feu et l’airain pour donner vie à la réalité qui l’habite. Ses doigts amoureux obéissent à son regard, et sculptent de lumière et d’ombre les formes qui le hantent. Pudiques et sereines, elles semblent surgir d’un rêve pour illustrer un mythe. La vérité de ses personnages nous pénètre par l’harmonie des corps. Ils surgissent d’une lumière dont ils sont le fruit.     Dans l’exil de tant d’exils, il ne pouvait se sentir en harmonie avec son siècle ni avec les modes de l’art contemporain. Trop vivant, concret dans sa recherche de vérité, il tourne le dos à l’abstraction, voué, sa vie durant à reconstruire une nouvelle figuration, enrichie par toutes les découvertes de formes et de matière de son siècle.Au-delà de la relation qu’il entretient avec le feu et le bronze, les mains de Michel obéissent à l’ordre donné jadis par Aristote : elles obéissent à la guidance de son regard et pensent.  Ce faisant, elles sont antérieures à toute théologie et toute métaphysique. Antérieures aussi au rêve ou au mythe, elles chantent l’étrange magie d’une création pure. Michel Lévy puise son génie au plus profond des ses racines, antérieures aux modes et aux époques : la charte de son alliance, il la grave de ses doigts dans le bronze, en superbes caractères hébraïques : c’est le texte du Shir ha Shirim, le Cantique des cantiques. L’homme et la femme, splendides dans leur nudité, chantent leur union. Celle-ci se consomme lorsque les deux volets du triptyque sont rabattus sur le panneau central. En son centre brûle le mystère de l’amour. Ce chef-d’œuvre célèbre le retour de Michel auprès de ses racines qui, dans leur coffre central, brûlent et ne se consument pas.     « La Dualité » ce bronze polychrome aux symboles multiples, comme toutes les statues sorties du génie de Michel Lévy, chantre du réel, nous fait prendre conscience du drame essentiel de l’homme. Celui-ci, s’il veut survivre, doit faire le choix de la vie face à la mort, de la paix face à la guerre, de l’amour, non de la mort. Alors ses anges aux ailes brisées, ses hommes aux bras paralysés, aux mains amputées retrouveront la plénitude de leurs lumières et de leur vie.      Médiateur entre l’Orient où plongent les racines de son art et de sa culture et de l’Occident, le talent de Michel Lévy s’épanouit au-delà de tout esthétisme, dans la création d’un au-delà du symbolisme et de l’expressionnisme. Son message nous est clairement transmis dans son œuvre : celle-ci a pour vocation de contribuer, comme tout vrai  poème, à faire surgir la lumière des ténèbres, le bien du mal, la beauté de la laideur.

André CHOURAQUI
Jerusalem – octobre 1998

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